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Dimanche, 20 Mai 2012

MAKHTAR LE KAGOULARD : « Sunulight » pour éclairer la présidentielle 2012

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Lundi, 09 Mai 2011 18:41

Makhtar le « Kagoulard », victime d’une agression en 2001,  qui l’a amené à s’exiler aux Etats-Unis, n’en continue pas moins son combat citoyen. Il dénonce tout aussi virulemment  aujourd’hui les tares de sa société.

Après ses « 100 commentaires » pour lesquels, il a été agressé et dû émigrer aux Usa, le rappeur sénégalais revient à la charge avec son mouvement « Sunulight ». Il entend  apporter la lumière aux jeunes qui, selon lui, sont égarés par des guides religieux qui ne sont mus que par leurs propres intérêts.

Dans cet entretien accordé à Sud Quotidien, il s’attaque à ces « prédateurs » qui détruisent la jeunesse de son pays et aux politiques. Il en profite pour rappeler au bon souvenir des mélomanes son dernier album « Senemafia » sorti en 2009. 

Où en est la promotion de ton dernier album « Senemafia » ?

Le Kagoulard- Les métiers de la musique représentent un travail à la chaîne où chaque tâche est relayée jusqu’à l’obtention du résultat final escompté. En tant qu’artiste rappeur, j’ai conçu un album avec des intentions bien précises. Je suis parti du principe que toute personne, qu’elle en prenne conscience ou non est liée par un contrat avec la société à laquelle elle appartient. A fortiori, un artiste, qui par définition, doit être intelligent au dessus du commun des gens. Je me crois investi de cette mission d’élever le niveau culturel de mon peuple. A travers cet album, j’expose les fruits de mes réflexions sur notre société afin d’orienter les petits frères qui sont pris entre la marteau (les politiques) et l’enclume (certains chef religieux). Je sais que je ne fais pas bonne presse chez les fanatiques, mais je ne resterais  jamais sans réaction face à ces agressions sur  notre jeunesse. Je me considère comme un pilier de la culture dans le sens où je produis des connaissances  tantôt prêtes à être consommées, tantôt des germes qui requièrent le concours  de mes interlocuteurs, pour qu’ensemble on pose un vrai débat de fond, pousser la réflexion et enrichir notre patrimoine immatériel. Comme je disais plus haut, c’est un travail à la chaine. Je crois que, je me suis acquitté du rôle qui m’est imparti. Il incombe maintenant à l’autre maillon de la chaîne que représentent les médias de faire connaitre mon œuvre aux populations; néanmoins il me semble qu’ils n’assurent pas leur part du contrat. Je reçois beaucoup d’appels et de messages (facebook) de gens qui s’indignent sur le fait qu’il n’y a que TFM qui passe « Jeufeundikol sa xel » produite par Jeff Knight et le 7-13 productions  et que j’ai fait en « featuring » avec Clarisa Rose. Pourtant, mon album « Senemafia » en est à sa 5e vidéo, en plus de 111 commentaires qui vient de sortir.

Après le tube « 100 commentaires », vous avez produit « 101 commentaires » et récemment « 111 commentaires ». Quelle est la différence ?

« 100 commentaires » est un tube sorti en 2000 et réalisé par deux amis d’enfance en l’occurrence Deug Iba et moi-même. Dans ce son, on a su mettre à nu l’hypocrisie, toutes les contradictions de notre société sénégalaise revendicatrice d’une certaine appartenance à cette religion de droiture et de piété appelée Islam. Un problème lié au non respect des lois coraniques et autres avaient été posé pour que tous ensemble nous essayons d’emmener des éléments de solution à ce problème. Et 10 ans plus tard, vu que rien n’a été fait, et au contraire l’ignorance, l’hypocrisie et l’innovation étant  devenues des pratiques tellement courantes qu’elles finissent par être banalisées par le commun des sénégalais. Il est alors naturel que Makhtar le kagoulard revienne avec « 101 commentaires » qui n’est que la suite naturelle de « 100 commentaires » pour lancer un nouvel appel à la raison. « 111 commentaires » n’est pas seulement l’ajout du visuel à l’audio mais surtout une tentative de rappeler que le retour vers ALLAH  et son prophète Muhammad (psl) est la seule solution aux crises  économiques, sociales et  politiques qui secouent le monde actuel. « ALLAH Soubhaanahou wa taala » a 99 noms connus et 1 nom qui n’est connu que des prophètes, des waliyous ou des initiés. Donc 99+1 =100  et  le chiffre 11 vient des 7 (cieux et terres) + les 4 points cardinaux = 7+4 = 11, donc le nombre 111 symbolise dans un premier temps les noms de l’Omniscient ALLAH et de son univers ; 11 = 111. Le chiffre 111 peut être compris comme étant  1+1+1 = 1, c’est-à-dire le 1 c’est le prophète Muhammad (psl) + 1 le coran + 1 la suna. « 111 commentaires », c’est aussi pour rappeler aux sénégalais et aux jeunes plus particulièrement que tout soi disant guide qui rejette la charria et tente subjectivement de faire une interprétation des versets coraniques appelés versets à équivoque ne veut que les mener droit en enfer. « 111 commentaires » a pour but de diriger les yeux des Sénégalais vers la sourate 30 (les romains)- versets 31 et 32. Pour terminer on vient de boucler 1 siècle + 11 années. Nous sommes en 2011. Cela fait  1 siècle =  100 + 11 ans = 111 années 

Vous aviez été victime d’une agression au Sénégal à cause du tube « 100 commentaires ». Pouvez-vous revenir sur les circonstances et sur cette agression ?

 Comment oublier cette fameuse nuit ? On a voulu m’éliminer à cause de mon discours, de mon engagement. On m’a tout simplement tendu un piège à Guédiawaye, et je suis encore en vie parce que mon heure n’avait pas encore sonné. C’était en 2001. Un coup de fil, une proposition de concert à Marseille, un pistolet, du sang, une perte de connaissance, et enfin j’étais sauvé par une foule de jeunes avec la permission d’ALLAH.

Qui en étaient les auteurs, les aviez-vous reconnus ?

Les auteurs ? Celui à qui cette question devrait être posée, c’est un certain Amadou Djam Gaye des services secrets Sénégalais. La seule chose que je peux vous dire c’est que ceux qui ont essayé de me tuer avaient à leur tête un homme blanc aux cheveux courts. Après l’échec de leur mission, ils s’étaient enfuis dans deux voitures Mercedes noires sans plaque d’immatriculation et aux vitres tintées en noir. Le blanc qui était à leur tête avait, je me souviens bien, mentionné le nom de Kara (candidat aux élections de 2012), juste avant qu’il ne sorte un pistolet relié à sa ceinture par une corde blanche.

Etes-vous devenu plus prudent ?  Votre engagement à dénoncer s’en est-il ressenti ?

Vous savez je n’arrive toujours pas à comprendre le fait que les Sénégalais ne se rendent pas compte que seul ALLAH est, et que tout le reste est créature. Le coran  n’a-t-il pas dit ? Je cite : « jugez, même si vous devez juger contre vous-même, contre vos propres pères, contre vos propres mères ». Croyez-vous qu’une justice qui a un droit de regard sur nos propres pères et nos propres mères se laisserait prendre en otage et museler par des croyances et des conceptions erronées de la religion ? Le guide religieux est supposé être le lieutenant de DIEU sur terre, celui à qui la gestion de la religion  a été confié, mais rien qu’à les voir tenter de  trafiquer des versets coraniques dans le seul but de faire plaisir à un franc-maçon comme Wade, en l’aidant à valoriser sa statue de la renaissance, avec le silence des familles de Sérigne Touba, Elhadj Malick, Baye Niasse, entre autres, et certains soi disant nouveaux guides qui donnent à des humains des droits à la divinité, sans parler des talibés qui pullulent à chaque coin de rue, on découvre véritablement combien ces guides ont failli à leur mission. Et c’est au nom de la religion que beaucoup de consciences sont détournées. Ces représentants devraient se sentir concernés. C’est l’une des raisons pour lesquelles, j’ai essayé dans la vidéo de « 111 commentaires » de représenter ce jeune Sénégalais d’aujourd’hui, dans un labyrinthe, courant dans tous les sens à la recherche de son chemin; mais hélas, il ne trouve personne pour le guider vers l’essentiel.
Des Posees se mobilisent avec des membres de la société civile dans un rassemblement appelé : « Y’en a marre ». Ils entendent éveiller leurs camarades et la jeunesse de leur pays en direction de la présidentielle de 2012. Que pensez-vous de cette initiative ?

C’est une belle initiative. Je crois qu’il est temps, après des années de discours, que l’on commence véritablement à penser, à agir en matérialisant nos réflexions sur l’espace public. Cependant, il faut que l’on sache évidemment que nous ne pouvons pas déterrer la hache de guerre contre un corps  aussi puissant que l’Etat sans que l’on soit intellectuellement armes. Ainsi, il requiert au préalable que nous soyons suffisamment informés sur le fonctionnement du système, sur  la politique en général,  afin de comprendre les rouages du système. Nous avons affaire à un peuple, qui hélas ignore ses droits, ses devoirs, son rôle de citoyens face aux institutions; et les politiques tirent toujours profit de cet état psychologique de nos populations pour les corrompre, les dominer et les asservir injustement. « Y’en a marre », un joli slogan… Cependant, il faut que nous arrivions à identifier  ce dont on a vraiment marre… Des délestages, de la cherté de la vie, du chômage ? Y’en a certes marre de tout cela, mais le plus important, c’est de mettre au clair d’autres réalités qui échappent à la vue des masses, car il existe d’autres réalités qui ont et qui conditionnent encore tout ce qui est à l’origine de notre état de « y’en a marre ». Je crois aussi que des mouvements  de cet acabit devraient bénéficier de la participation d’intellectuels socialement engagés, en l’occurrence les étudiants, Sénégalais. Quand j’ai lu les théories du « Contrat social » de Rousseau, bien que n’ayant aucune sympathie pour lui, j’ai compris en partie pourquoi dans des pays comme la France, la classe politique ne peut pas se permettre certains comportements, abusifs au regard du droit, à l’égard de la société civile. C’est parce que cette société civile est  constituée d’éléments  informés de ses droit civils, civiques, politiques et sociaux. Ces pays jouissent de surcroit d’une presse diversifiée allant du journalisme d’investigation au journalisme de point de vue, au chroniqueur qui battent en brèche les infos pour édifier objectivement leurs populations sur les sujets d’actualités, représentant ainsi un vrai garde fou, un contrepouvoir,  un vrai  appareil répressif à l’endroit des politiques. Nos populations doivent comprendre qu’en étant citoyen, on fait de la politique consciemment ou inconsciemment, alors il serait mieux de la faire consciemment puisque la plupart de nos intellectuels et de nos hommes de religion   se sont inféodés  au pouvoir, au gré de leurs intérêts personnels. Des mouvements comme « Y’en a marre » devraient se substituer à toutes ces instances qui on failli à leur mission  en utilisant ce fameux support de la tradition orale pour informer, éduquer et orienter les masses.

Que pensez-vous de la situation politique de notre pays ?

L’arène politique sénégalaise est présentement majoritairement occupée par 3 différents types de politiciens : le politicien corrupteur, le politicien corrompu et le politicien perdant, corruptible nostalgique des temps où il était corrupteur et qui aujourd’hui se bat pour reprendre le fauteuil de leader jadis arraché de ses mains par l’actuel corrupteur. Cela emmène à comprendre que l’heure n’est plus au changement, mais plutôt à la rupture; il est grand temps qu’on se débarrasse de cette génération de dirigeants post coloniaux qui depuis plus de 35 ans suce notre sang. Le système de cette génération, à l’instar des colons, consiste à abrutir les populations pour mieux les  asservir. Voila pourquoi par exemple de nos jours, ils investissent  les arènes de lutte qu’ils ont d’ailleurs transformées en arène politique pour détourner les jeunes de l’essentiel. On a besoin d’un sang nouveau, on ne peut plus accepter d’être dirigé par les anciens meilleurs élèves, de l’école coloniale, ceux qui servent de tremplin aux réalités néo coloniales.

Parlez-nous un peu de l’organisation « Sunulight ». Quel est son rôle et son principal objectif ?

« Sunulight » est une organisation créée en janvier 2010 juste après la sortie de mon album « Senemafia ». Parti  du principe que nous sommes les sujets des mouvements socio historiques, notre  démarche va dans le sens d’éduquer les populations sur le tant soit peu de choses qu’on tient à travers nos connaissances livresque et nos propres expériences afin qu’elles soient  idéologiquement orientées. Nous devons coute que coute créer un sénégalais de type nouveau, qui aime son pays, lucide intelligent, politiquement conscient; un nouveau sénégalais, doué d’un esprit critique afin qu’il puisse s’émanciper des vieilles représentations   sociales et des théories préétablies. On est cependant  persuadé que ce type de sénégalais ne peut pas être  un produit de notre système éducatif, qui non seulement désinforme, mais ne cadre pas avec nos réalités culturelles comme j’ai essaye d’y attirer l’attention de tous dans le titre que j’ai surnomme « Njangoum Senegal »; d’où la nécessité pour nous autres  artistes, de prendre le relais et nous engager socialement pour  une vraie révolution culturelle.
On a quand même compris qu’il ne suffit pas de rester dans des positions réactionnaires, c’est-à-dire lutter toujours contre tel ou tel autres fléaux; il faut aussi entreprendre, fabriquer de nouvelles idées capables de transformer le sénégalais spectateur des politiques en un citoyen politiquement engagé. Avec « Sunulight », nous avons décidé de mener une campagne pré électorale, qui consiste à inciter les gens à d’abord s’inscrire sur les listes électorales pour qu’ils puissent assurer en 2012 leur devoir de citoyens en votant pour une rupture avec le régime en place. Mais on reste aussi persuadé, et à juste titre que, le salut de notre pays ne se trouve pas dans les mains des politiques. Seul un peuple formé d’éléments  profondément conscients d’eux-mêmes peut conduire notre patrie vers le développement.

Il y a des Sénégalais aux Etats-Unis qui se prépareraient à se présenter à la présidentielle de 2012, les connaissez-vous ?

Bien sûr. Il s’agit bien d’un certain Diouf que je ne connais pas personnellement mais à qui je dirais ceci : « Monsieur Diouf, j’habite Columbus, Ohio State et il m’est arrivé de côtoyer un jeune musulman, mathématicien mouride très pieux qui, faute de moyens pédalait son vélo pendant l’hiver pour se rendre Columbus State Community College. A l’autre candidat répondant par Samba Kara Ndiaye je dirais : « Samba Kara, le fondateur de « hip hop saves lives », Chad, m’a appelé un jour pour me demander si je te connaissais et m’a bien parlé des raisons pour lesquelles tu l’avais interpellée. Alors s’il vous plait, arrêtez de faciliter à Wade l’adoption de cette politique jadis coloniale appelée la politique du « diviser pour mieux régner ». Sunulight est une machine, un monstre déjà en marche, alors arrêtez de penser qu’on va vous laisser faire, vous et tous ceux qui travaillent pour Wade, eux qui sont derrière les partis politiques fantômes.

Comment avez-vous suivi le 3e festival mondial des arts nègres (Fesman) qui s’est tenu à Dakar en décembre dernier ?

Il s’agit bien du festival mondial de la honte sénégalaise. N’est ce pas paradoxal de critiquer et d’insulter Wade un jour et de revenir le jour suivant pour l’aider à réussir la fête qui va embellir son image aux yeux de l’opinion internationale ?Je vous rappelle que le festival mondial des arts nègres avait été initié par Alioune Diop à la conférence des écrivains noirs qui s était jadis tenu en 1956 en Italie parce qu’en ces temps la lutte des intellectuels noirs était axée sur le thème de l’affirmation de l’identité culturelle, ou ce qui consistait à définir ce qui du peuple africain autant que de tout groupe humain fait sa particularité. A l’instar de Senghor (1966), Wade organisa le Fesman en décembre 2010 pour des raisons politiquement subjectives. C’est vrai qu’en 2010, notre combat devrait être autre. Quand les autres inventaient ou faisaient danser le binaire pour prendre avantage des nouvelles découvertes technologiques, le nègre en même temps créa une danse qu’il appela « Youza », d’où un festival des arts nègres.

Quels sont vos projets. A quand votre prochain album ?

Il n’y aura malheureusement plus de prochain album, SENEMAFIA est mon dernier album. J’ai du début a la fin de ma carrière musicale toujours essayé de présenter au public un rap « hard core » conscient; mais il m’arrive très souvent de ressentir une certaine peur que tout bon musulman faisant de la musique devrait ressentir; et c’est bien sûr les tentations de Satan caché derrière tout instrument musical. En plus, je ne vous dirais jamais ce que Taïb Cheikh Ahmed Tidiane Lô, Oustaz Abass Sall, Moustapha Diop ne vous auront pas déjà dit de manière d’ailleurs plus objective. Mes projets, c’est « Sunulight », c’est éveiller les consciences des sénégalais et aider à promouvoir les œuvres de ceux qui assurent une lecture contextualisée du coran. Mes projets, c’est faire comprendre aux jeunes que l’école, l’acquisition des connaissances passent avant la lutte, le rap, la musique et le sport de manière générale.

Envisagez-vous de revenir au Sénégal ?

Je suis sénégalais et je n’ai que ma patrie.

 

Comments

+1 BABACAR DIONE 2011-05-12 14:58 #1
c un rappeur engage et observateur lui et deug iba sont les seuls old school ki n on pas laisse leur chemain.il mene toujours son combat malgres k il a arrete de rapper;je suis vraiment avec lui et je lui souhaite vraiment une bonne continuation je fais parti de ses fans..
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